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J’ai eu une nuit agitée. Par moments, je rêvais d’Eric, et la joie me submergeait. Et, par moments, je rêvais d’Eric et j’avais des envies de meurtre. Puis je pensais à Bill. Bill : le premier homme avec qui mes relations ne s’étaient pas limitées au premier rendez-vous, le premier homme qui avait partagé mon lit. Quand je me remémorais sa voix glaciale, son corps froid, son calme, sa retenue et que je le comparais avec Eric, je ne parvenais pas à croire que j’aie pu craquer pour deux mecs aussi différents. Et je ne parlais même pas de mon trop bref épisode avec Quinn. Quinn, si impulsif, si animal – dans tous les sens du terme... Il ne m’avait jamais fait de mal, lui. Il avait toujours été gentil avec moi. Mais il avait été si cruellement marqué par son passé qu’il n’avait pas osé m’en parler, ce qui, à mon avis, avait voué dès le départ notre relation à l’échec. J’étais aussi sortie avec Léonard Herveaux, le chef de meute des loups de Shreveport, mais ça n’était jamais allé plus loin.
Ce que je peux détester les nuits comme ça, quand je passe en revue toutes les erreurs que j’ai commises, tous les coups que j’ai reçus, toutes les petites mesquineries avec lesquelles j’ai dû transiger ! Ça ne sert à rien. Ça ne donne rien. Et puis, j’avais besoin de sommeil. Mais, cette nuit-là, les hommes de ma vie me trottaient dans la tête et, croyez-moi, il n’y avait pas que les bons souvenirs qui défilaient !
Sans compter qu’après avoir épuisé le sujet de mes problèmes avec la gent masculine, j’ai été prise d’une crise d’angoisse à propos de mes toutes nouvelles responsabilités au bar. J’ai finalement réussi à dormir trois heures d’affilée, mais seulement après être parvenue à me persuader qu’il faudrait vraiment que j’y mette du mien pour couler la boîte de Sam du jour au lendemain.
Sam a justement appelé, le lendemain matin, pour me dire que sa mère allait mieux et qu’elle était définitivement tirée d’affaire. Son frère et sa sœur géraient les récentes révélations familiales avec calme. Mais Don était toujours en prison, évidemment.
— Si son état de santé continue à s’améliorer, je rentrerai dans deux ou trois jours, a-t-il ajouté. Peut-être même plus tôt. Les toubibs n’en reviennent pas de la rapidité de sa guérison, forcément. Enfin, au moins, maintenant, on n’a plus besoin de le cacher, a-t-il soupiré.
— Et, sur le plan affectif, elle prend ça comment ?
— Elle a arrêté de chercher des excuses à Don et de réclamer sa libération. Et, depuis qu’on a eu une vraie conversation avec elle, tous les trois, elle reconnaît qu’elle pourrait bien être obligée de divorcer. Ça ne l’enchante pas, mais comment se réconcilier avec quelqu’un qui vous a tiré dessus, hein ?
J’avais répondu au téléphone dans mon lit, chaudement emmitouflée sous les couvertures. Pourtant, je n’ai jamais pu me rendormir. Cet accent douloureux dans la voix de Sam... Bon sang ! que je détestais ça ! En tout cas, il avait déjà assez de soucis comme ça sans que je vienne l’embêter avec les miens. Je n’avais même pas sérieusement envisagé de lui faire part de l’incident du poignard. Pourtant, qu’est-ce que j’aurais été soulagée de pouvoir lui confier mes problèmes !
J’étais levée et habillée à 8 heures : l’aube, pour moi. Mais j’avais beau bouger et penser normalement, je me sentais toute fripée, toute chiffonnée, comme mes draps après la nuit que je venais de passer. J’aurais bien voulu que quelqu’un puisse me défroisser d’un coup, aussi facilement que je les tendais, et me remettre les idées en place, comme je faisais mon lit au carré. En préparant le café, j’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre de la cuisine pour voir si la voiture d’Amélia était garée dans la cour : OK, ma coloc était là. Et j’avais aperçu Octavia qui se tramait dans le couloir en direction du cabinet de toilette : un matin banal chez Sookie Stackhouse (puisque c’était devenu le rituel matinal, chez moi, depuis quelque temps).
Cette gentille petite routine a été chamboulée par des coups frappés à la porte d’entrée. D’habitude, je suis avertie par le crissement du gravier dans l’allée, mais j’avais l’esprit tellement embrumé, ce matin-là, que je n’avais rien entendu.
J’ai regardé par le judas. Un homme et une femme se tenaient sur le seuil. Ils étaient tous les deux en tenue de bureau. Ils ne ressemblaient cependant ni à des témoins de Jéhovah ni aux Envahisseurs. J’ai déplié mes antennes mentales : pas d’hostilité ni de colère, juste un peu de curiosité.
Je leur ai ouvert.
— Vous désirez ? leur ai-je demandé avec un sourire radieux.
Un méchant courant d’air froid m’a rappelé que j’étais pieds nus.
La femme – la petite quarantaine alerte, le cheveu brun grisonnant par endroits, le parfait carré arrivant au menton et la raie impeccable – m’a rendu mon sourire. Elle portait un tailleur-pantalon anthracite, un pull noir en dessous, des escarpins noirs et un sac, également noir, qui ressemblait à une sacoche d’ordinateur.
Quand j’ai serré la main qu’elle me tendait, j’en ai découvert un peu plus sur ma visiteuse. J’ai eu du mal à cacher ma réaction.
— FBI, m’a-t-elle confirmé.
Classe, comme entrée en matière.
— Je suis Sara Weiss, agent du bureau de La Nouvelle-Orléans, a-t-elle enchaîné. Et voici Tom Lattesta, agent de notre bureau de Rhodes.
— Et vous êtes là pour ? me suis-je aimablement enquise en conservant un visage impassible.
— Pouvons-nous entrer ? Tom est venu spécialement de Rhodes pour vous parler, et vous allez perdre votre chaleur en gardant la porte ouverte.
— Bien sûr, lui ai-je répondu, quoique je fusse loin de l’être – sûre, je veux dire.
Je me donnais un mal de chien pour essayer de capter ce qu’ils avaient derrière la tête. Et ce n’était pas gagné. Je pouvais juste affirmer qu’ils n’avaient pas l’intention de m’arrêter, ni de me faire subir quoi que ce soit d’aussi radical.
— Nous ne vous dérangeons pas, j’espère ? m’a demandé l’agent Weiss, me laissant entendre qu’elle serait ravie de revenir plus tard, ce qui n’était absolument pas le cas.
— Pas plus que ça.
Ma grand-mère m’aurait tapé sur les doigts pour incivilité caractérisée. Mais bon, Granny n’avait jamais été interrogée par le FBI. Ce n’était pas vraiment ce qu’on appelle une visite de courtoisie, hein ?
— Mais je dois bientôt partir travailler, ai-je ajouté, histoire de me ménager une porte de sortie.
— C’est terrible, ce qui est arrivé à la mère de votre employeur, a alors lancé Lattesta. Est-ce que la grande nouvelle a été bien reçue dans votre établissement ?
D’après son accent, il était clair qu’il était né dans le Nord et, vu ce qu’il savait de Sam et de ses ennuis, il avait bien potassé son sujet, allant même jusqu’à enquêter sur le bar où je bossais.
Du nœud, je suis carrément passée à la crampe d’estomac. Pendant une seconde, j’ai eu tellement envie qu’Eric soit là que ça m’en a presque donné le vertige. Puis j’ai regardé au-dehors le soleil qui brillait et je me suis fait pitié. « Ça t’apprendra à fréquenter des déterrés », me suis-je tancée.
— Avoir des loups-garous comme concitoyens, ça pimente la vie, vous ne trouvez pas ?
Mon sourire de débile était réapparu – celui qui dit à la terre entière que je suis hyper stressée.
— Je vais prendre vos manteaux, ai-je précipitamment enchaîné, en les invitant d’un geste à s’installer sur le canapé. Asseyez-vous, je vous en prie. Est-ce que je peux vous offrir quelque chose ? Un café ? un thé glacé ? leur ai-je proposé, en rendant grâce à la bonne éducation que ma grand-mère m’avait donnée et qui me permettait de continuer à papoter comme si de rien n’était.
— Oh ! un thé glacé, ce serait fabuleux, s’est aussitôt enthousiasmée Weiss. Je sais qu’il fait froid dehors, mais j’en bois à longueur d’année. Je suis une fille du Sud pure souche, vous savez.
Une fille qui en faisait un peu trop, à mon goût. Je ne pensais pas qu’on avait beaucoup de chances de devenir copines, Weiss et moi. Je ne me voyais pas vraiment échanger des recettes de cuisine avec elle.
Je me suis tournée vers Lattesta.
— Et vous ?
— Un thé glacé, ce sera parfait.
— Avec ou sans sucre ?
— Avec, merci, a répondu Lattesta, qui pensait que ce serait « amusant » de goûter au fameux thé sucré du Sud.
— Laissez-moi juste prévenir mes colocataires que j’ai de la visite, ai-je déclaré, avant de m’époumoner au bas de l’escalier : Amélia ! Le FBI est là.
— Je descends, a braillé l’intéressée, sans une once de surprise dans la voix.
Je savais qu’elle était plantée en haut des marches depuis le début et qu’elle avait tout entendu.
Et voici que venait Octavia, dans sa chemise rayée et son pantalon vert préférés, aussi digne et distinguée qu’une dame à cheveux blancs peut l’être. Toni Morrison pouvait aller se rhabiller.
— Bonjour ! a-t-elle lancé, radieuse.
Bien qu’ayant tout de la parfaite mamie, Octavia était une puissante sorcière qui pouvait jeter des sorts avec une précision quasi chirurgicale. Et elle avait eu une vie entière pour s’entraîner à le camoufler.
— Sookie ne nous avait pas prévenues qu’elle attendait de la visite. Sinon, nous aurions fait un peu de ménage, a-t-elle minaudé, plus rayonnante que jamais, en balayant le salon immaculé d’un ample geste de la main.
Certes, il ne ferait jamais la couverture d’Elle décoration, mais il était propre, bon sang !
— Tout me paraît parfait, lui a poliment répondu Weiss. J’aimerais bien que ce soit comme ça chez moi.
Elle était sincère. Weiss avait deux ados, un mari et trois chiens. J’ai compati – peut-être même que je l’ai enviée ?
— Sookie, je vais m’occuper du thé pendant que vous discutez avec vos invités, m’a proposé Octavia de sa voix la plus sucrée. Asseyez-vous donc pour pouvoir bavarder en toute tranquillité.
Confortablement installés sur le canapé, les deux agents du FBI regardaient autour d’eux avec intérêt quand, le tintement des glaçons rythmant ses pas, Octavia est revenue avec deux verres de thé glacé. Je me suis levée pour placer, devant mes « invités », des serviettes en papier sur lesquelles Octavia s’est empressée de poser les rafraîchissements qu’elle avait préparés. Lattesta a bu une grande gorgée. La bouche d’Octavia a légèrement frémi aux commissures en le voyant ouvrir des yeux comme des soucoupes, puis faire de son mieux pour cacher sa réaction sous une expression d’agréable surprise.
— Qu’est-ce que vous vouliez me demander ?
Il était temps d’en venir au fait. Mains croisées sur les genoux, pieds parfaitement parallèles et cuisses bien serrées, je leur ai adressé un large sourire dégoulinant d’amabilité.
Lattesta avait apporté une mallette, qu’il a posée sur la table basse avant de l’ouvrir. Il en a sorti un cliché, qu’il m’a tendu. La photo avait été prise en plein après-midi, dans la ville de Rhodes, quelques mois auparavant. En soi, elle était d’une parfaite netteté, mais, autour des deux personnes photographiées, l’air était chargé de poussière – effet des gros nuages pulvérulents dus à l’effondrement de La Pyramide de Gizeh – et ça lui donnait un petit côté flou, presque surexposé.
Les yeux rivés au cliché, le sourire vissé aux lèvres, j’ai senti mon estomac se retourner.
Sur la photo, Barry le Groom et moi nous tenions côte à côte, au milieu des décombres de La Pyramide, le vamp’hôtel qu’une faction dissidente de la Confrérie du Soleil avait fait exploser au mois d’octobre précédent. J’étais plus facile à identifier que mon voisin, qui était de profil : les yeux tournés vers Barry, je me trouvais pile en face de l’objectif. On était tous les deux couverts de poussière, de sang et de cendres.
— C’est vous, mademoiselle Stackhouse, a affirmé Lattesta.
— Oui, c’est moi.
Inutile de nier l’évidence. J’aurais bien aimé, pourtant. Regarder cette photo me rendait malade. Ça m’obligeait à remuer des souvenirs que j’aurais préféré oublier à jamais.
— Donc, vous séjourniez à La Pyramide au moment de l’explosion ?
— Oui.
— Vous y étiez en tant qu’employée de Sophie-Anne Leclerq, femme d’affaires de son état et vampire de surcroît. La soi-disant «reine de Louisiane ».
J’ai failli rétorquer qu’il n’y avait pas de «soi-disant » là-dedans, mais je me suis ravisée à temps. J’ignorais ce que le FBI savait de l’organisation hiérarchique des vampires.
— J’avais fait le voyage avec elle, ai-je répondu, faute de mieux.
— Et Sophie-Anne Leclerq a été grièvement blessée dans l’explosion ?
— C’est ce que j’ai cru comprendre.
— Vous ne l’avez pas revue après l’explosion ?
— Non.
— Qui est cet homme, à côté de vous, sur la photo ?
Lattesta n’avait donc pas identifié Barry. J’ai dû faire un effort pour ne pas montrer mon soulagement. J’ai haussé les épaules.
— Il est venu vers moi après l’explosion. On était en meilleur état que la plupart des gens. Alors, on a aidé les équipes de secours à chercher des survivants.
C’était vrai... en partie. J’avais fait la connaissance de Barry un an plus tôt, avant de le retrouver par hasard à La Pyramide de Gizeh, où il accompagnait le roi du Texas.
— Comment vous y êtes-vous pris, tous les deux, pour trouver des survivants ? a poursuivi Lattesta.
La question piège. À cette époque, Barry était le seul autre télépathe que j’aie jamais rencontré. On avait déjà constaté qu’en se prenant la main, on augmentait notre «voltage », et on s’en était servi pour chercher des signatures mentales parmi les gravats.
J’ai pris une profonde inspiration.
— J’ai une certaine facilité pour retrouver les choses, ai-je vaguement expliqué. Il me paraissait important d’aider. Il y avait tant de blessés, tant de souffrance...
— Le capitaine des pompiers qui dirigeait les opérations sur place a dit que vous sembliez dotée de pouvoirs parapsychiques.
À ces mots, Weiss a plongé le nez dans son verre de thé pour cacher sa réaction.
— Je ne suis pas médium, si c’est ce que vous voulez savoir.
Weiss était déçue. Tout en gardant à l’esprit qu’elle pouvait être en présence d’une fille légèrement mytho ou même d’une véritable cinglée, elle avait espéré que j’admettrais avoir des dons de voyance.
— D’après le capitaine Trochek, vous auriez montré aux secouristes où trouver les survivants. Il a dit que vous guidiez même les équipes de secours jusqu’à eux.
C’est à ce moment-là qu’Amélia est descendue. Elle faisait très respectable, avec son pull de cachemire et son jean griffé. J’ai cherché son regard en espérant qu’elle lirait dans le mien le SOS que je lui lançais. Je n’avais pas pu rester les bras croisés alors que des vies étaient en danger. Quand j’avais compris qu’en faisant équipe avec Barry, je pouvais repérer les blessés, sauver des vies, je m’étais sentie incapable de me défiler, en dépit de la peur qui me nouait les tripes – la peur de dévoiler ma vraie nature et d’être prise pour un monstre.
C’est difficile d’expliquer ce que je perçois. Je vois la chaleur qu’émet un cerveau en activité – un peu comme si j’avais des jumelles infrarouges. Je peux compter les gens présents dans un bâtiment, si j’en ai le temps. Les vampires, en revanche, m’apparaissent en creux. Je peux aussi les compter, mais comme des «trous », si on peut dire. Quant aux morts standards, comme ils n’ont plus aucune activité cérébrale, ils ne m’envoient aucun signal. En nous prenant la main, Barry et moi, ce jour-là, avions décuplé nos facultés de perception. On avait pu retrouver les vivants, mais aussi lire les pensées des mourants. Je ne souhaite ça à personne. Pour rien au monde je n’aurais voulu revivre cette expérience.
— On a juste eu beaucoup de chance.
Il valait mieux entendre ça que d’être sourd, non ?
C’est alors qu’Amélia s’est avancée, la main tendue.
— Permettez-moi de me présenter : Amélia Broadway, a-t-elle dit, du ton de qui s’attend à être reconnu.
Et ça n’a pas loupé.
— Vous êtes la fille de Copley Carmichael, n’est-ce pas ? lui a demandé Weiss. Je l’ai rencontré, il y a une quinzaine de jours, dans le cadre d’une opération de réhabilitation.
— Papa s’implique tellement dans la vie de sa ville ! s’est exclamée Amélia avec un sourire éblouissant. Il doit avoir des intérêts dans une bonne douzaine de projets. Et il adore notre petite Sookie.
Pas très subtil, dans le genre « laissez ma coloc tranquille, mon père a le bras long », mais, en croisant les doigts, peut-être que ça pouvait marcher.
Weiss a hoché la tête.
— Comment avez-vous atterri à Bon Temps, mademoiselle Broadway ? lui a-t-elle alors demandé. Ça doit vous paraître bien calme, ici, après La Nouvelle-Orléans...
Qu’est-ce qu’une gosse de riche comme vous vient faire dans ce trou ? Oh, et au fait : «papa » n’est pas là pour faire jouer ses relations au profit de sa fifille.
— Ma maison a été endommagée pendant Katrina, lui a répondu Amélia.
Et elle en est restée là. Elle a juste omis de préciser qu’elle était déjà à Bon Temps avant Katrina.
— Et vous, madame Fant ? s’est enquis Lattesta. Vous avez été évacuée, vous aussi ?
Il n’avait pas du tout l’intention d’abandonner le sujet de mes étranges facultés, mais il se pliait de bonne grâce aux règles de la courtoisie qui voulaient qu’il participe un minimum à la conversation.
Octavia a acquiescé.
— J’habitais chez ma nièce dans des conditions un peu précaires quand Sookie m’a gentiment proposé de m’installer dans sa chambre d’amis.
— Comment vous êtes-vous connues ? a demandé Weiss sur le ton de la confidence, comme si elle s’attendait qu’on lui raconte une émouvante histoire d’amitié et de solidarité.
— Par Amélia, lui ai-je répondu avec un sourire ravi.
— Et Amélia et vous vous êtes rencontrées...
— A La Nouvelle-Orléans, a complété Amélia d’un ton propre à clore le sujet.
— Voulez-vous encore un peu de thé ? a proposé Octavia en se tournant vers Lattesta.
— Non, merci, a répondu l’intéressé.
Tout juste s’il ne frissonnait pas à cette perspective. C’était Octavia qui avait fait le thé, et il fallait reconnaître qu’elle avait la main un peu lourde avec le sucrier.
— Vous n’auriez pas une idée de la façon dont on peut joindre ce jeune homme, mademoiselle Stackhouse ? a repris l’agent spécial en indiquant la photo.
J’ai haussé les épaules.
— On a tous les deux aidé à retrouver des survivants sur les lieux de la catastrophe, lui ai-je répondu. Ça a été terrible. Je ne me souviens pas du nom qu’il m’a donné.
— C’est curieux... a murmuré Lattesta – et j’ai pensé : « Oh merde ! » Parce que quelqu’un, qui répond à votre signalement, et un jeune homme, qui répond à son signalement, ont pris une chambre dans un hôtel pas très loin du lieu de l’explosion, cette nuit-là.
— Eh bien, mais on n’a pas besoin de connaître le nom des gens pour passer la nuit avec eux, a argué fort justement Amélia.
J’ai haussé une fois de plus les épaules et j’ai essayé de la jouer un peu embarrassée-je n’avais pas vraiment à me forcer, même si ce n’était pas pour le motif invoqué. Je préférais qu’ils me prennent pour une fille facile plutôt qu’ils ne décident d’y regarder d’un peu trop près.
— On avait partagé un moment épouvantable et terriblement stressant. Ça crée des liens. Après, on se sentait très proches... C’est la façon dont on a réagi.
En fait, Barry était tombé comme une masse et je l’avais suivi de peu. On n’avait pas précisément la tête à batifoler, cette nuit-là, c’est moi qui vous le dis.
Les deux fédéraux m’ont dévisagée d’un air sceptique. Weiss était persuadée que je mentais, et Lattesta pensait que je connaissais Barry beaucoup plus intimement que je ne le prétendais.
Le téléphone a sonné, et Amélia s’est précipitée dans la cuisine pour répondre. Quand elle est revenue, elle était livide.
— Sookie, c’était Antoine qui appelait de son portable. On a besoin de toi au bar, a-t-elle annoncé.
Puis elle s’est tournée vers les agents du FBI.
— Vous feriez mieux d’y aller avec elle, a-t-elle ajouté.
— Pourquoi ? s’est étonnée Weiss. Un problème ?
Elle était déjà debout. Lattesta était en train de ranger la photo dans sa mallette.
— Un meurtre, a soufflé ma coloc. On a trouvé une femme crucifiée derrière le bar.